Deuxième film réalisé par Alex Garland, que nous évoquions il y a peu dans notre review de la mini-série Devs, Annihilation (2017) est un long-métrage adapté de l’oeuvre éponyme de l’auteur américain Jeff VanderMeer, figure de proue du new weird, genre littéraire cherchant à inclure la science-fiction dans une réalité quotidienne et urbaine.
Le film évoque la mission de cinq femmes partant explorer la Zone X, sous l’emprise d’un étrange miroitement depuis la chute d’un astéroïde. Le spectateur suit leurs progrès à travers les yeux de Lena (Natalie Portman) qui cherche à comprendre ce qui est arrivé à son mari militaire, porté disparu pendant un an lors de la mission d’exploration précédente.
Annihilation est un film lent, aux scènes d’action nerveuses et rapides. Cette rythmique particulière lui donne un aspect résolument contemplatif. L’atmosphère que l’on peut retrouver dans Devs est ici plus brute, moins travaillée, et peut parfois donner l’impression d’un film plan-plan. On ne peut être que séduit•e par l’esthétique très inventive du miroitement, où couleurs et atmosphères semblent s’entremêler étrangement, et nous immergent dans un véritable kaléidoscope de textures et de sensations. Le film n’est pas sans non plus quelques trouvailles assez effrayantes : mention spéciale pour le corps dans la piscine et l’ours décharné.

Annihilation n’est pas une oeuvre facile. Incluant plusieurs niveaux de lecture, une chronologie inversée, un discours sur l’autodestruction comme moteur de la vie et de son évolution, et ne cherchant pas à impressionner par ses scènes d’action, elle vous conduira à réfléchir sur le réel avec à-propos. Il y a un je ne sais quoi de profondément décalé dans ce long-métrage, jusque dans la direction des actrice•eur•s qui nous renvoie à des émotions toujours un rien à côté, dans un décalage à l’uncanny valley.
Les actrices principales, parlons-en : Natalie Portman y est impressionnante, que ce soit dans sa culpabilité ou sa détermination. Elle campe Lena, biologiste et ancienne militaire, avec une assurance qui force l’admiration. Autre interprétation brillante, celle de la fabuleuse Jennifer Jason Leigh, qui endosse le rôle d’un docteur en psychiatrie (le Dr. Ventress), personnage qui incarne à lui seul l’un des thèmes du film : l’autodestruction.
Annihilation a des qualités réelles, que cela soit dans sa construction narrative ou ses idées esthétiques, mais peut rebuter par ses lenteurs et sa direction d’actrice•eur•s un peu étrange. Malgré cela, si vous parvenez à passer au-delà, ce film vous donnera des émotions tout aussi bizarres que son miroitement, et sa fin vous laissera face à vous-même.
Pour aller plus loin, on vous conseille de visionner cette analyse. Elle ouvrira bien des portes sur l’intrigue et le sens caché de ce long-métrage.